Sexualité, le chemin intime des jeunes | Santé Actualités
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Sexualité, le chemin intime des jeunes

7 déc, 2009 | Catégorie : A la une

Apprendre à marcher, à compter et… à flirter ? Non. L’entrée dans la sexualité reste un apprentissage à part. Celui des interrogations qui jalonnent un parcours inédit pour chacun. Retour sur le chemin intime des 15-24 ans.

Point G, orgasme, taille du pénis ou pénétration, les jeunes cherchent des réponses concrètes à un acte qui, suggéré à outrance dans une société hypersexualisée, a su conserver de son mystère. Comment leur répondre ou les amener à poser les questions qui les taraudent sans les gêner ? Sandra Garcia Boualem, assistante sociale, intervient dans les établissements sur le thème de l’éducation à la sexualité : « Le plus souvent, je suis seule avec les jeunes. Ils ne me connaissent pas et ne me reverront probablement jamais. Étant extérieure, ça facilite la parole et on est surpris de voir comment entre eux, il n’y a pas de sujets tabous. Même entre filles et garçons. »

Chiffres clés : 57 % des hommes de 18 à 24 ans considèrent que l’on peut avoir des rapports sexuels avec quelqu’un sans l’aimer contre 28 % des jeunes femmes du même âge.

Le collège, âge du premier flirt, du premier baiser et du début de la prévention dans les établissements. Les jeunes sont ravis d’aborder un sujet qui les concerne personnellement. Outre
les assistantes sociales et les infirmières des établissements, c’est entre eux que la majorité des discussions se passent, rarement en famille. Coincés les parents ?
« Le sexe, j’en parle avec mes amis, garçons ou filles et ma grande soeur mais jamais avec mes parents. J’ai besoin d’avoir confiance pour me confier. Je n’ai jamais abordé ce sujet avec eux mais ils doivent bien se douter que j’ai des relations. Ils sont naïfs mais quand même ! », lance cette adolescente de 17 ans dont la mère n’hésite pas à rajouter un lit dans sa chambre lorsque son petit ami vient dormir. Idem pour ce jeune homme qui confie, amusé : « Ma mère ne m’en a jamais parlé mais quand j’ai commencé à sortir et qu’elle a vu que je rentrais à 2 heures du mat’, j’ai trouvé une boîte dans ma chambre remplie de capotes. »

Pour parler, il faut avoir confiance

Les commentaires sur la frilosité des adultes à parler de sexualité sont légions. Un sujet qu’eux mêmes
abordaient rarement avec leurs parents. De l’acceptation par non-dit au refus total de communiquer, les parents sont souvent les grands absents de la révolution sexuelle de leurs enfants. Pour autant, est-ce un problème ?
« Pas forcément », répond Sandra Garcia Boualem qui ajoute que « le plus important est de créer un climat de confiance entre les parents et l’adolescent qui, s’il a un ennui ou une question, puisse se dire : je peux leur en parler, même si au final, il ne se confie pas nécessairement à eux. » Un constat partagé par cette lycéenne dont les confidences se dirigent naturellement vers la soeur ou la tante : « Jamais vers ma mère. Avec elle, je vais plutôt parler de mon mec mais pas de sexe. Je n’ai pas envie qu’elle soit au courant. C’est ma vie à moi. »

C’est ici, au creux de ces espaces de paroles sécurisés (amis, assistantes sociales voire parents d’amis) que sont discutées les questions sans âges ni frontières de la sexualité : « Est-ce que ça fait mal la première fois ? Vais-je saigner ? Ca veut dire quoi jouir ? » Et dans cette quête d’informations, les filles arrivent en tête car en affaires de moeurs, les mentalités ont la représentation dure. Et revoilà la sempiternelle image du macho qui doit « assurer » devant la fille et ses potes. Alors que les jeunes femmes, selon l’assistante sociale, « s’autorisent plus à discuter, à avoir peur. Elles nous disent : les flirts avec mon copain deviennent de plus en plus poussés et je sens que bientôt, il va se passer quelque chose… je veux savoir ce qu’on ressent quand
on fait l’amour. » L’amour, cet acte intuitif et si intime s’auréole tout à coup d’une constellation d’inconnues.
Et si l’assistante sociale tente de mettre l’orgasme en mots, « une sensation de bien-être général, physique et mental… », elle aborde également l’autre pendant de la sexualité plaisir, qui avec la sexualité reproduction, est celui de la sexualité maladie.

VRAI OU FAUX

Une femme ne peut tomber enceinte que quelques jours par mois : FAUX

Une femme peut tomber enceinte à tout moment de son cycle sauf pendant ses règles. Une grossesse est possible au premier rapport sexuel. Contracter le virus du sida et une IST aussi.

Si je n’ai pas eu d’enfant, je ne peux pas me faire poser un stérilet : FAUX

La contraception ne se limite plus à la pilule. Une jeune femme peut donc choisir entre le stérilet, l’anneau vaginal, l’implant, le patch et bien sûr le préservatif masculin et féminin, moins utilisé alors que la femme peut le placer avant le rapport.

J’ai oublié ma pilule et j’en prends deux le lendemain. Je suis protégée : FAUX

Tout oubli de pilule peut entraîner un arrêt de la contraception. En cas d’oubli, il faut prendre le comprimé oublié et poursuivre normalement la prise de pilule jusqu’à la fin de la plaquette. Il faut aussi utiliser des préservatifs pendant les 7 jours qui suivent l’oubli. La contraception d’urgence doit être également prise si la femme a eu des rapports sexuels dans les cinq jours précédant l’oubli.

La contraception d’urgence ne remplace pas la pilule : VRAI

La contraception d’urgence ne s’utilise qu’en cas de rapports sexuels à risque de grossesse. Appelée à tort la pilule du lendemain, elle peut se prendre dans les 72 heures suivant le rapport. Elle est délivrée sans ordonnance dans les pharmacies et les centres de planification. Une nouvelle contraception d’urgence vient de sortir (EllaOne). Elle nécessite une ordonnance, est plus coûteuse mais peut être prise dans les cinq jours.

Baisse de la protection contre les IST

Oui, la contamination au VIH lors d’un premier rapport sexuel est possible. Et attraper une Infection sexuellement transmissible (IST) aussi. Car bien que la sexualité ne doive pas être réduite à ses risques, les chiffres parlent. Si l’enquête Contexte de la sexualité en France (1) révèle une large utilisation du préservatif lors de l’entrée dans la sexualité chez les jeunes de 18 à 24 ans (89 % pour les femmes et 88 % pour les hommes) indépendamment de l’âge, même précoce, son utilisation pose problème sur la durée. L’étude note une baisse chez les personnes qui entament une nouvelle relation ou celles qui ont eu au moins deux partenaires dans les douze derniers mois. Or, chaque année en
France, de 6 000 à 7 000 personnes découvrent leur séropositivité, dont 1 000 ont entre 20 et 29 ans (2). L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) alerte sur « la recrudescence des IST qui témoigne d’un relâchement de la prévention et du dépistage. »

Un dépistage régulier d’autant plus important que les infections sexuellement transmissibles sont le plus souvent asymptomatiques. La preuve en est de la chlamydia, IST invisible la plus répandue, qui touche en priorité les jeunes de 18-24 ans. Bénigne lorsqu’elle est soignée rapidement, l’infection à chlamydia représente la première cause de stérilité chez les femmes et entraîne des grossesses extra-utérines. Idem pour le papillomavirus humain (HPV), à l’origine de 90 % des cancers de l’utérus, qui se détecte par frottis et peut lui aussi être éradiqué s’il est traité à temps

Et si les hommes tombaient enceintes ?

L’autre hic est que les IST ne représentent pas le danger numéro un pour les jeunes. À l’instar
de cette jeune fille de 15 ans qui vient d’entamer sa vie sexuelle : « Ce qui me fait peur, c’est de tomber enceinte, pas de tomber malade. Les malades, on ne les voit pas alors qu’une grossesse, c’est un problème direct. » Comme s’il fallait choisir entre se protéger des IST ou des grossesses non désirées. Une loterie pour le moins dangereuse et souvent perdante sur les deux numéros.
Car celui de la contraception des jeunes n’est pas gagnant. L’enquête Smerep sur la santé des étudiants (3) révèle que seuls 59,8 % des étudiants utilisent systématiquement un moyen contraceptif. Constat alarmant qui pousse aujourd’hui l’Inpes à mettre le test de grossesse littéralement dans la main des hommes. Leur dernier spot télévisé ci-dessous montre un jeune homme complètement flippé, seul devant le fameux bâtonnet se révélant positif. Le message est clair : « Faut-il que les hommes soient enceintes pour que la contraception nous concerne tous ? » Oui. Mais en attendant que les hommes aient du ventre, ce sont les jeunes femmes qui vont devoir assurer.

Où s’informer ?

Petit lexique non exhaustif de sites Internet spécialisés dans la sexualité des jeunes, la contraception et la prévention :

(1) Enquête Contexte de la sexualité en France, 2006, réalisée par l’Inserm, l’Ined et l’Anrs.
(2) Institut de veille sanitaire : surveillance du VIH, 2008.
(3) La santé des étudiants en 2009, Smerep, rapport n° 801187, mai 2009.


Auteur : Julie Azemar
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